CHRONIQUE
15 décembre 2016

SLY STONE : Grâce, Funk, & Damnation !

   

Ce n'est plus un secret pour personne, dans l'ombre de maints titres de rap et de R&B, il existe une multitude de boucles de Sly & The Family Stone qui folâtrent et se bousculent !

The Beasty Boys, KRS-One, 2 Pac, Dr Dre & Snoop, LL Cool J, Ice Cube, Cypress Hill, Mobb Depp, Jungle Brothers, The Roots, MC Shy D, Big Daddy Kane, The D.O.C., Scarface, De La Soul, Tone Loc, Tha Dogg Pound, Pharoahe Monch, WC and the Maad Circle, Talib Kweli, Arrested Development,Janet Jackson etc... quelque soit la période concernée ou la typologie artistique, tout ce beau monde doit un lourd tribut à 'l'art funkadélique' de Sylvester Stewart dit Sly Stone et sa Family !

La carrière de Sly est placée très tôt sous le signe de l'ultra compétence voire du génie. En 1967, en tournée quelque part du côté de Las Vegas, James Brown en personne est impressionné un combo multiracial qui entrelace funk rayonnante faite d'harmonies pop et de psychédélisme opérant : Sly & The Family Stone. A partir de là, du label Tamla Motown à Miles Davis en passant par George Clinton, le gratin du show-biz se presse à ses concerts afin de tenter de dénouer les ficelles novatoires du nouveau maître de la musique funk. Justement, Miles Davis qui n'est pas le dernier des égocentriques apprend considérablement avec Sly et le considère vite comme son alter ego malgré la différence d'âge et de style musical, stupéfié qu'il est par la nouvelle grandeur que le spationaute de Vallejo est en train de donner à l'astéroïde funk. Seulement son narcissisme décuplé par une frénésie irrépressible pour la cocaïne, ses relations troubles avec le gangstérisme et l’accueil émerveillé réservé à There's a Riot Goin' On ont déjà placé Sly Stone sur une autre comète, celle où il est quasiment impossible de réintégrer le quotidien sans subir les dommages dus aux cruelles lois de l'attraction terrestre.

       

 

Si certains l'ont un temps considéré comme un rookie excentrique s'endimanchant comme un Beatle tout juste débarqué du Texas (où il est né en 1943) via Vallejo où ses parents ont émigré, Sly est loin d'être un cave. En fait, ça fait plus de dix ans qu'il étudie la guitare, la trompette et le piano, notamment au Solano Community College où il est considéré comme un élève très concerné par l'enseignement de la théorie et de la composition.

Issu d'une famille entièrement investie dans la Church of God in Christ, Sly a déjà composé On The Battelfield, petit cantique churchy qui a marqué de son sceau la scène gospel de la côte ouest, il a tout juste onze ans (1952). S'il n'a cessé de performer en présence de sa famille dans les églises de la région, la nécessité de s'émanciper le presse. S'en aller tester sa maestria dans les clubs de San Francisco escorté par son combo doo-wopp, Jessie James & The Royal Aces, puis s'offrir une assise pécuniaire en travaillant à l'émission télédiffusée The Dick Stewart Show sont une première piste de lancement. En même temps, c'est son groupe multiracial The Viscaynes qui retient l'attention de Tom Donahue et de Bob Mitchell, deux des DJ's les plus important de San Franciso à cet instant.

En 1963, il compose C'mon and Swim pour Bobby Freeman, sorte de 'go go frenzy' qui assiège les charts pendant douze semaines, se convertissant en premier disque d'or. Avec les royalties cumulées, Sly offre une nouvelle maison à sa famille.

Devenu le protégé des précités Tom Donahue et Bob Mitchell qui reconnaissent en lui des capacités hors-normes, Sly produit quelques disques de la scène R&B de San Frisco puis enregistre son premier 'greasy surf music single' I Just Learn How To Swim sous le nom de Sly Stewart (1965).

Après avoir été un DJ notoire pour KYA-AM, une radio qui émet dans la Baie,tout s’accélère fin 1966, quand Sly décide de monter un énième combo avec son frangin Freddie (guitare), sa sœur Rose (clavier & voix), Greg Errico (batteur), Cynthia Robinson (trompette), Jerry Martini (saxo) et Larry Graham Jr, le bassiste. Très vite,déboule dans les bacs des disquaires le LP A Whole New Thing. Sorte de préambule psychédélique joué par un groupe appliqué, A Whole New Thing emprunte à sa façon 'gospel-pop-funk' la voie protéiforme tracée à cet instant par The Doors, un des groupes les plus marquants du moment.



Depuis que sa carrière a pris une tournure plutôt stimulante, les joies et plaisirs que procurent les activités diurnes se sont substituées à la vie monastique de sa prime jeunesse. En fait, Sly désire en savoir davantage sur les gangsters et autres souteneurs qui régissent d'une poigne de fer la quasi totalité du 'night clubbing' de la Bay. Du coup, il a un nouvel ami, un ex-marine du nom de Hamp 'Bubba' Banks, lequel gère à sa façon un salon de coiffure à Fillmore District. De Banks, Sly apprend puis adopte les règles élémentaires du pimpin', teste le game, et devient en peu de temps un top player de North Beach. haut-lieux de la prostitution de Frisco.

 

Côté artistique, le single Dance To The Music (1968) envoie du rêve, prône, groove en main, l'unité raciale sur le dance-floor aussi bien qu'en dehors. Le public mainstrean est épinglé. En y regardant de plus près, Sly Stone est en train d'avancer ses pions avec une perspicacité rare. Séduit, David Kapralik à la tête du label Epic succombe aux charmes de Sly and The Family Stone, il réussit sans trop de difficultés à leur faire signer un contrat en 1969.


       
 

Afin de régler les petites affaires internes du groupe, Kapralik a décidé d'embaucher un jeune fille noire du nom de Stephani Swanigan rencontrée pendant les performance du Fillmore East de New York où le groupe a ouvert le show pour The Jimi Hendrix Experience. Son rôle est d'organiser les horaires chargés, d'assister les musiciens, d'épauler Sly Stone, mais pas que… Par l'intermédiaire d'un ami dentiste, elle abreuve

jusqu'à plus soif le groupe en cocaïne pharmaceutique et en downers, des pilules en forme de parachutes capables d'adoucir les atterrissages les plus périlleux suite aux consommations abusives du groupe.

Les premiers signes de froide invincibilité, de schizophrénie venimeuse, mais aussi de grosse accoutumance sont à signaler. La marmite des stupéfiants a tendance à décupler forces mais aussi anorexies psychiques de Sly, n'empêche que la créativité au rendez-vous.

Rapporté par le journaliste Nick Kent dans l'article Sly Stone's Evil Ways, le côté monomaniaque de Sly ... Afin de tester la réaction des clubbers vis à vis de son prochain hit, Stand, Sly somme à un DJ d'une boîte de nuit de Frisco de passer la démo du titre. A partir du moment où Stand booste les membranes des haut-parleurs, il se cale dans une encoignure, adopte le rôle de voyeur et vérifie les réactions du public. S'il considère qu'il manque quelque chose, il ajoute voire améliore certains détails et recommence autant de fois que nécessaire jusqu'à ce que titre atteigne le climax convoité.

   
       
 

En cette fin d'année 1969, le nom de Sly Stone est sur toutes les lèvres depuis sa performance au Festival de Woodstock et le cataclysme provoqué par I Want To Take You Higher, pourtant rien n'est ce qu'il paraît.

Refusant de partager la frustrations des activistes frustrés par la lenteur avec laquelle la cause raciale évolue, Sly a quitté San Francisco pour Los Angelès et s'est claquemuré dans son nouveau gîte sur Coldwater Canyon. Autant dire que la vibration qui a investi son antre n'a strictement rien à voir avec le Summer of Love. Pour Sly l'argent et le pouvoir sont devenus des objectifs exclusifs, sa paranoïa et son arrogance psychotique se sont décuplées à force d'héberger drogues, trois bull dogs, armurerie, gardes du corps et fans/parasites.

Tout juste relâché après plusieurs années de prison et recueilli par Sly dans sa masure de Coldwater Canyon, Hamp 'Bubba' Banks, qui n'a pourtant rien d'un pleutre, racontera plus tard qu'il dormait d'un seul œil avec une arme cachée sous l'oreiller.

Les problèmes se multiplient depuis que Banks et ses acolytes ont pris position dans les affaires de la Family avec l'accord de Sly. La façon dont Sly conduit les opérations ont le don de déranger sensiblement les autres ; Par exemple, quand Sly débarque à New York, il dort dans l'appartement de Kapralik pendant que le groupe pionce dans un petit hôtel de Midtown. Les tournées sont du même acabit. Sly et ses sbires - Hamp "Bubba" Banks et J.B. Brown en tant que managers, les gangsters Edward "Eddie Chin" Elliott et le mafiosoJ.R. Valtrano comme gardes du corps - s'installent dans des avions privés pendant que le groupe se déplace laborieusement par la route.

 
     
   

Durant l'été et l'automne 1971, on le trouve reclus au Plant Studio à Sausalito, aux commandes de sa prochaine production There's A Riot Goin' On. Afin de les détendre les amis, Billy Preston, Ike Turner, Bobby Womack, qui participent aux sessions, Sly a débarqué des filles et les grammes de coke tapent sur les encéphales comme une armée de charpentiers. « Je ne savais plus où était ma femme, où était mon fils ! J'étais défoncé à un point, totalement largué, dans les nuages. J'étais devenu parano, j'avais peur de tout. Je pensais que les Feds allaient débarquer et tous nous tuer ! » avouera feu Bobby Womack quelques années plus tard.

       

Cependant There's A Riot Goin' On demeure encore à ce jour un album remarquable, le plus vendu de Sly & The Family Stone avec notamment sa particule phare, Family Affair et son mid-tempo fastueux - n°1 des Charts.

   
     
   

Les affaires intimes de la Family ? Justement, parlons-en. A vrai dire, le groupe est en train de voler en éclats, compressée par tant de tyrannie, de pouvoir dépravé et désinvoltures chroniques de la part de Sly. D'ailleurs, Kapralik n'apparaît plus sur la photo de famille. Gregg Erico, le batteur, abdique après s'être fait traiter de « clébard » par Sly après un concert. Si Bill Graham échappe de justesse à la mort en s'enfuyant, un de ses amis a beaucoup moins de chance que lui. Sèchement dérouillé par ''Eddie Chin'' Elliott, le gangster du sérail employé par ''Bubba'' Banks, il se relève salement amoché et restera estropié à vie.

Rien ne sera plus pareil pour Sly après ces digressions peu glorieuses. D'une certaine façon sa vie est en train de prendre une tournure giallique, depuis que l'animosité autant dans les actes que les paroles existent au quotidien. En 1974, lors du Mike Douglas TV Show, Muhammad Ali, à la limite du mépris, se paye sa tête en le faisant passer en direct pour un vulgaire Uncle Sam, un vendu.

 
       
 

Entre temps Sly a dérobé la belle et sensuelle Kathy Silva au Moïse de la Soul, Isaac Hayes ; Silva tombe rapidement enceinte et Sly s'attache à redorer son blason en enfilant le costard un peu étroit pour lui de papa poule, puis en épousant sa dulcinée lors d'un concert au Madison Square Garden devant un auditorium de 21000 fans entièrement conquis par le glamour de l'acte (1974).

L'année précédente est apparu Fresh, son dernier disque de référence, dans lequel il funkadélise de belle manière l'amour conjugal et chante d'une voix apaisée. Les tension et paranoïa de There's A Riot Goin' On sont ici totalement écartées, remplacées par un optimisme détendu et l'humour un peu potache de Que Sera, Sera (Whatever Will Be, Will Be) chanté jadis par la mièvre Doris Day. Malheureusement, Sly ne renouvela plus jamais cet exploit.

 
     
   

En cruel manque d'inspiration, Small Talk (1974) marque le début de l'effondrement. Les mimiques jubilatoires des époux Stewart placardées sur la pochette en fait ne sont plus. Depuis qu'un des pitbulls de Sly a en parti dévoré le visage de leur rejeton, Sylvester Bubb Ali Stewart, Katy a demandé le divorce... Pour Sly, une lente, très lente descente aux Enfers s'annonce.

   

Fin 1974, s'en est finit du rôle despotique que Sly s'est évertué à jouer pendant les années de son irrésistible ascension. Dorénavant, sa disgrâce est proférée, rapide et furieuse, car beaucoup trop de concerts annulés, beaucoup trop de drogues, trop de brutalités, mais surtout plus le moindre hit au compteur lui permettant de rivaliser avec les ténors de la funk Stevie Wonder, Isaac Hayes ou Marvin Gaye.

   

Malgré quelques phosphorescences disco-funk encore palpables, les 'albums Epic' High On You (1975) et Heard Ya Missed Me, Well I'm Back (1978) signalent une indéniable décrépitude. Warner Bros tente de relancer sa carrière, mais Sly est incapable de parachever le moindre album, le label étant obligé de recruter des substituts afin de remplir le cahier des charges.

 
       
 

Cette fin des années 70 est d'une triste évidence. Sly a bel et bien disparu, corps et âme, absorbé qu'il est par son nouveau lobby destructeur: le freebasing.

En octobre 1979, il est arrêté à West Hollywood en possession de cocaïne, et placé en 'drug diversion programme' par un juge. En août 1981, il est interpellé en compagnie de son acolyte-en-funkadélisme George Clinton, tous deux sont en train de freebaser dans un véhicule qui roule quelque part sur une autostrade en Californie. En juillet 1982, il est à nouveau appréhendé à l'hôtel West Plaza de L.A. en possession de cocaïne. En 1983, il est accusé d'avoir dérobé une bague de diamant à un patron d'une boîte gay à Fort Myers en Floride. Enfin, la même année, la police enfonce la porte d'un appartement où il gît inanimé en compagnie d'une amie. A leurs côtés, trois réservoirs de propane, une torche, et un rasoir à la lame couverte de poudre blanche suspecte.

   

En janvier 1984, on l'envoie derechef en centre de sevrage. Libéré pour comportement exemplaire, A&M records se risque à le relancer. Seulement le boss du label à l'idée saugrenue de lire une interview de son nouveau protégé dans Spin Magazine. L'article démasque un Sly à nouveau encanaillé en train d'initier le pigiste de Spin à l'art du deal de drogue dans un des pires districts de Los Angelès. Le contrat présagé avec A&M avorte.

Si l'année 1989 signe ses derniers ennuis avec la justice, la nouvelle décennie le plonge à nouveau dans le grand bain acide du show business, plus précisément le temps du Rock'n'Roll Hall of Fame et sa distribution de nominations dévolues aux gueules plus ou moins amochées du game (1993). Fidèle à sa réputation, Sly débarque en retard et accoutré de bien curieuse façon vu que sa petite amie lui a dérobé ses frusques !

Le temps de récolter son propre Award, une perruque bon marché visée sur le crâne, et le voilà évaporé dans la nature, aspiré par d'autres besoins plus ou moins légitimes.


 
   

Pendant ce temps, après avoir créé sa propre formation - Graham Central Station – et connu une longue période de vache maigre, Larry Graham fait à nouveau parler de lui en 1998 en assurant les premières parties des concerts de Prince. Pionnier de l'utilisation des effets sur la basse, Graham intègre La New Power Generation l'année suivante, puis contribuera à la conversion religieuse du kid de Minneapolis en tant que Témoin de Jéhovah.

Quant à Sly Stone, des bruits inquiétants circulent à son sujet. Les tabloïds racontent qu'il est devenu homeless, incapable de subvenir à ses besoins. Afin de remonter une nouvelle fois la pente, Sly se raccroche au fait que Jerry Goldstein et son ancien avocat Glenn Stone ont signé un accord de gestion en 1989 dans l'espoir de relancer de sa carrière. En 2002, ils ont renégocié un contrat concernant Sly & The Family Stone avec Sony, qui a donné naissance à une réédition du catalogue, à un coffret (The Collection), un album de remix rendant hommage à la musique du groupe.

Si la collaboration permet à Sly Stone de remettre en place quelques pièces de ses dingueries funky dans différents Festivals, le retour en grâce financier intervient à partir du moment où il a déposé une plainte contre Jerry Goldstein et Glenn Stone, les accusant de l'avoir spolié de ses droits d'auteur pendant plus de vingt ans (2010).

Malgré que Jerry Goldstein ait déposé une contestation pour calomnie, il ne faudra que deux jours de délibérations à un jury de Los Angeles pour se prononcer en faveur de Sly en 2015, lui accordant 5 millions de dollars d'indemnisation.

Soit disant 'clean' et bien qu'habitué à la vie au grand air vu qu'il habite dans son van depuis plusieurs années, il toujours bon de considérer Sly comme le musicien le plus funkadéliquement perché au monde. Aujourd'hui, à 72 piges, l'avenir selon Sly Stone se résume ainsi:

1/ Dégoter des musiciens albinos dans l’espoir de fonder un nouveau groupe et d' annihiler ainsi tous les problèmes raciaux !

2/ Engager des femmes-ninjas et des clowns en guise de gardes du corps.

3/ Enseigner la musique aux enfants de William Windsor et Kate Middleton en tant que curateur royal, « parce que c'est un moyen assez sûr de se faire un paquet de blé !».

   

 Jean-Pierre Labarthe.

auteur du livre  Le Démon du Blues, Dirty talk, dirty game, Camion Blanc, 2015, 438 p)  

 

 

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