INTERVIEW
13 septembre 2014

BIGGIE, 20 ANS APRES par DREAM HAMPTON

"Ready to Die", le funeste chef d'oeuvre de Biggie a 20 ans. dream hampton[1], à l'époque jeune étudiante a croisé son chemin, et en insistant pour que celui-ci soit inclus dans la liste des artistes non-signés à surveiller de the Source, elle a eu un impact crucial sur sa carrière. De là une amitié est née.

dream hampton est l'une des meilleures plumes, si ce n'est la meilleure plume pour décrire l'épopée Hip Hop. Elle était au bon endroit au bon moment, avec l'art de saisir l'anecdote qui décrit une époque, une personne, et surtout elle ne s'est pas contentée de suivre les artistes qui ont fait cette histoire, elle est devenue leur confidente, leur amie, faisant de cette histoire une partie de la sienne.

La radio NPR lui a tendu le micro pour qu'elle partage ses pensées sur Biggie, vingt ans plus tard.

En voici la traduction.

   

Marc Ball

La première fois que vous l'avez entendu ?

La première fois que j’ai entendu sa voix, j’étais sous le choc. Il y avait tellement d’informations dans sa voix, l’autorité, la violence, la tristesse, il y avait tout dans sa voix. Je me souviens avoir été vraiment impressionnée.

Quand son album Ready to Die sort, les deux mots qu’utilisaient les gens pour le décrire était paranoïaque et vorace. Est ce que vous pourriez parler à propos de sa musique, je pense en particulier au morceau "things done change" ?

Je ne dirais pas paranoïaque, il y avait un côté très dépressif dans cet album. Une des choses que Biggie décrit dans "Things done change", c’est ce bouleversement sismique au sein des familles noires, de la communauté noire, lié à l’impact de l’industrie milliardaire du crack.

Back in the days, our parents used to take care of us

A l'époque nos parents s'occupaient de nous

 

Look at em now, they even fuckin scared of us

Regarde les maintenant, ils ont peur de nous

 

Callin the city for help because they can't maintain

Appelant la police parce qu'ils peuvent pas gérer

 

Damn, shit done changed

Merde, les choses ont changé

Biggie décrivait des parents balançant leurs propres enfants à  la police, montrant les ravages de la guerre contre la drogue, et en gros, ce que nous avons aujourd’hui, l’incarcération de masse. Il évoquait l’époque des barbecues, des block partys, où tout le quartier, vieux et jeunes participaient, et ce changement brutal. Je me souviens de gamins de 3ème que je connaissais qui s’intéressaient à pleins de chose, à Prince, à Michael Jackson, et je me souviens les revoir après les vacances d’été, quand ils entraient en seconde, ne parlant plus que Hip Hop et trafic de drogue. Ça a été un moment crucial au sein de la communauté et c’est ce que Biggie décrit dans « Things done change ».

Parlez nous un peu de la qualité de son rap, son rythme et comment celui-ci lui a permis de  toucher un public plus pop ?

La chose la plus importante que Puff, P.Diddy, Sean Combs, a dit à Biggie de faire en studio, c’est de ralentir. Beaucoup de rappeurs East Coast faisaient du speed rapping. Mais au-delà de ça, Biggie a amené la chose à un autre niveau, c’était un album littéraire, qui se lisait comme un livre.

Parlez-nous un peu de sa personnalité, vous étiez amis ?

Oui on l’était. On était voisins. On a été amis durant 7 ans, et je peux dire qu’on se parlait quasiment tous les jours, du jour où je l’ai rencontré au jour où il est mort. Il était très drôle, et il avait aussi une bonne écoute. Je me souviens, j’étais à NYU (New-York University) avec plein de devoirs, et j’avais des commandes parce que je travaillais aussi pour Vibe, Village Voice et The Source. Il était ma première écoute, la personne à qui je partageais mes idées, la première personne à qui je faisais lire mes textes. Il est même venu en cours avec moi à NYU.

Donc à cette époque vous avez 19, 20 ans, c’est ça ?

Oui (rires)

Vous étiez tous très jeunes, c’est ce qu’on a tendance à oublier, lui avait la vingtaine aussi. Est ce qu’il avait un pied dans plusieurs mondes ?

Et bien sa mère n’était pas seulement prof, elle était aussi Témoin de Jéhovah.

Il s’agit de Voletta Wallace.

Oui ! Je me souviens lire Ntozake Shange[2] avec lui. Sa mère était prof d'anglais alors il adorait lire, des trucs comme Charles Dickens. On avait cet amour des livres en commun. Et je le mettais régulièrement au défi, je le défiais particulièrement, en studio ou dans notre amitié, sur la question du sexisme. J’espère qu’il aurait mûri sur cette question. Il était caricatural sur ça parfois. Mais oui, on était jeunes.

A quel point était-il différent de son personnage ? Il avait plusieurs visages, le Casanova, le Gangster, et le lecteur de Charles Dickens, celui-ci que peu de personnes connaissent.

Il m’a confié une chose une fois qui m’a vraiment rendue triste, c’était que : les gens s’attendent à ce que je sois d’une certaine façon, alors parfois je leur donne ce personnage qu’ils veulent. Une fois nous voulions prendre un taxi, en général je me postais devant pour appeler le taxi, et Biggie attendait dans l’ombre. Et je me souviens d’un chauffeur de taxi le voyant approcher qui démarre au quart de tour, avec ma jambe dans le taxi, et Biggie a dû me rattraper et quasi me sauver la vie. C’est cette réponse viscérale que les gens avaient à sa présence physique dans le monde qui explique comment lui agissait en réponse à eux. Au fond c’était quelqu’un de gentil, généreux, sensible mais il était vu dans ce monde à travers les lunettes anti-noirs comme un prédateur.

Est ce qu’il y a des chansons sur cet album qui reflètent cela ?

Bien sûr. "Gimme the loot" est le parfait exemple de lui intériorisant les idées que les gens avaient de lui.

Une grande partie de la légende de Christopher Wallace, Biggie Smalls, est liée à la médiatisation et à la dramatisation de sa rivalité avec Tupac Shakur, assassiné en 1996 et qui a continué après sa propre mort. Est ce que c’est ça qui du coup devient le seul héritage de sa carrière ?

Je ne pense pas du tout. Je pense qu’il est important pour l’histoire de clarifier le fait qu'il n’y avait pas de beef entre lui et Tupac. C’est Tupac qui le clashait. Il n’y a pas de morceau, d’articles auxquels vous pouvez vous référer où Biggie parle de Tupac, ou clashe Tupac. Cette soi disant « guerre » était véritablement unilatérale. Une fois cela dit, bien sûr cela fera toujours partie de l’histoire, mais je crois que ce qui dure, c’est la musique. Quand on entend la musique de Biggie encore aujourd’hui dans les radios, dans les clubs, dans les voitures, ce n’est pas pour cette histoire de rivalité East Coast/ West Coast, c’est pour la musique, qui dure et continue de toucher les gens profondément

[1] Elle écrit son nom en minuscule en hommage à Bell Hooks

[2] Ntozake Shange, poète, romancière, dramaturge et interprète, a écrit de nombreux ouvrages dont For Colored Girls Who Have Considered Suicide/When the Rainbow Is Enuf récompensé par de nombreux prix.

A VOIR : BEHIND THE MUSIC : THE NOTORIOUS BIG

Un documentaire produit par dream hampton sur Biggie en 1999

     

 

 

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