DOSSIER
30 novembre 2013

NOVEMBRE 1993, TROIS CHEFS D’ŒUVRES DU RAP

 Le mois de novembre 1993 est un des plus riches de toute l’histoire du rap. En l’espace de quelques jours paraissent les albums « Midnight Marauders » de A Tribe Called Quest, « Enter The 36 Chambers » du Wu Tang Clan et « Doggystyle » de Snoop Dogg. Trois galettes, trois classiques, qui ouvrent des voies-phares pour le rap.

C’était il y a 20 ans. La sortie de l’album « Doggystyle » de Snoop Dogg, le 23 novembre 1993, venait asseoir le règne de la West Coast, initié un an plus tôt avec l’album de Dr Dre, « The Chronic ». Aux côtés du jeune Tupac, Snoop va dès lors incarner la face scandaleusement glamour du Gansta rap. Des paroles crues sur un son funk. Et son air goguenard va dépasser le ghetto, pour s’introduire dans les fêtes des banlieues pavillonnaires blanches. A cette époque les cendres des émeutes de Los Angeles sont encore chaudes, les jeunesses Noires et Latinos connaissent une répression féroce. C’est dans ce contexte que l’album rencontre un énorme succès. « Doggystyle » apparaîtra comme un doigt d’honneur à l’Amérique puritaine. Au slogan de Bambaata, « Peace, Love, Unity and Having Fun », Snoop répond par sa version de l’American Dream, inspirée du film de blaxploitation, « Superfly » : l’écran plasma, la plus belle bagnole, et la meilleure dope. Du mot d’ordre de Zulu Nation, il ne retient finalement que le « Having Fun ». Mais si les morceaux sirupeux et « laid back », crachés d’une Chevrolet décapotable, sont devenus des hits, l’album n’en contient pas moins des récits glauques de mères de famille accrocs au crack ou de jeunes pères abattus dans la rue. La vie pour un jeune noir des ghettos de L.A est une impasse, alors autant balancer du Gangsta Funk en attendant la prochaine balle, qu’elle vienne d’un gang adverse ou de la police.

    

Toujours en novembre 1993, sort « Midnight Marauders », le troisième album du groupe new yorkais A Tribe Called Quest (ATCQ). A l’image de la pochette où figurent les portraits d’une cinquantaine de rappeurs et dj’s, l’album est un hommage à la Old School. Un mélange de soul et jazz pour les flows lancinants du duo Phife et Q.Tip. Des textes portant les valeurs positives de la Zulu Nation et l’afro-centrisme du collectif des Native Tongues. Ce collectif newyorkais créé à la fin des années 80s entend incarner la nouvelle école, dans le prolongement de l’esprit d’Afrika Bambaataa. Le collectif réunit ceux qui gravitent autour de  ATCQ : De La Soul, Jungle Brothers, Black Sheep, Mos Def, Queen Latifah, Busta Rhymes. Tous sont liés par le même goût du sampling éclectique et des boucles jazzy. Un art du sampling poussé à la perfection dans Midnight Marauders : trois à quatre sources musicales complètement différentes mêlées comme si elles n’étaient qu’une. « Award Tour », le titre phare de l’album, ne contient pas moins de six samples. A une époque où les droits des originaux se négociaient jusqu’à 100 000 ou 200 000 dollars. La moitié du budget de l’album y passe donc. Q-Tip se révèle comme l'un des plus grand producteurs du hip hop dans sa manière de triturer "Inside My Love" de Minnie Riperton ou le “Just Enough Room For Storage” de James Brown. Pour Q-Tip, « Midnight Marauders » est une réponse à « The Chronic » de Dr Dre. Ce dernier avait lui-même confié que c’était après l’écoute du second album de ATCQ, « Low End Theory », qu’il s’était mis à produire « The Chronic ». « Midnight Marauders » sera le plus gros succès commercial de ATCQ…et leur chant du cygne. Le groupe se disloquera peu après et quand à l'esprit d'unité qu'ils promeuvent, il résistera difficilement à la rivalité Est/Ouest.

Mais ce 9 Novembre 1993, la plus grosse gifle musicale va venir d’ailleurs. De Staten Island, des neuf Mc’s qui forment le Wu Tang Clan : RZA , GZA, Ol' Dirty Bastard, Raekwon, Ghostface Killah, Inspectah Deck, Method Man, U-God et Masta Killah. Aux chemises Pendelton XXL de Snoop, chemises à l'origine portées par les pionniers de la conquête de l’Ouest, aux tenues sensées êtres africaines des Zulus, le Wu Tang oppose treillis sombres et capuches noires. Ils déclarent la guerre dès le 1er titre : « Bring tha Mothafuckin Ruckus » (Fous le putain de bordel), et invitent leur adversaires à venir gouter le tranchant de leur style. De  simples claquements de doigts sonnent comme des os qui craquent. Un son crépusculaire, brut, rugueux. Des samples de films de Kung fu, de Comics et l'indispensable dose de Soul music. Neuf Mc’s affamés dans un petit studio d’enregistrement à 1000 dollars. Le son sale, le souffle parasite, les couplets enregistrés d’une traite, renforcent l’aspect brut de ces récits de deals et de drames quotidiens, dans le New York du candidat Rudolph Giuliani, futur maire chantre du tout répressif. Avec « Enter the 36 chambers », Wu Tang donnera le « la » du son New Yorkais, avant qu'un certain Nasir Jones s'en empare.

   

Marc Ball

 

 

Les commentaires [2]

 

Elkaïm david, 6 décembre 2013 à 13 h 41 min

Merci. On aimerait lire plus souvent l’histoire de la genèse des grands disques du hip hop

TRACK PIPE #1 – GRAPES OF RAP, 16 novembre 2016 à 2 h 39 min

[…] Bongo, The Game rend un hommage vibrant à deux classiques indétrônables sortis en ce mois de Novembre 1993 qui a marqué l’histoire du rap. En effet, la cover du projet dont la parenté avec celle du […]

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